The Last Of Us part II – Le test de Midnailah

Catégories : Aventure, Action

Plateforme : PS4

PEGI : 18

Langues : Audio et textes en Français – Autres langues disponibles

Taille : 93,37 GB

Date de publication : 19/06/2020

  Développeur : Naughty Dog

Éditeur : Sony Interactive Entertainment Europe

Disponible en téléchargement

et en boîte

Les lignes qui vont suivre ne proposent pas un test à l’image de ceux qui figurent dans les colonnes de nombreux grands médias, ce qui ne signifie pas pour autant que les lecteurs qui sont ici car ils espèrent que les sites plus modestes vont faire preuve de ce qu’ils pensent être de l’honnêteté intellectuelle – et ainsi descendre le dernier titre de Naugty Dog – vont y trouver leur compte, ils risquent plutôt d’être déçus. Cet article s’apparente plus à un mélange entre coup de gueule envers certains joueurs et coup de cœur pour un jeu dans lequel j’ai passé un peu moins d’une trentaine d’heures, à être délicieusement malmenée par le scénario que le studio a eu le cran de développer. A l’heure où les productions de cette envergure se veulent formatées et consensuelles, répondant bien souvent aux critères d’un pan en particulier – et pas des moins représentés – de la communauté des joueurs, c’est un parti pris risqué. Je suis bien incapable de dire si ces choix vont impacter significativement le succès commercial du titre, mais mon expérience toute subjective – je laisse à d’autres la gageure d’être totalement objectif – quelques heures après avoir vu défiler le générique de fin et commencé à digérer ce que je venais de traverser, me fait dire que je viens certainement de vivre l’expérience vidéoludique la plus marquante, déstabilisante et intense qui m’a été proposée depuis un bon moment. Mon but n’est pas de convaincre qui que ce soit, mais une fois n’est pas coutume, de vous faire part de mon intime ressenti, livrer une opinion (le mot est lâché) basée sur ma perception du jeu, exposer du mieux possible comment The Last Of Us part II a su m’atteindre avec cette force et, peut-être, apporter des éléments de réponse à la question « le titre peut-il me convenir ? » que potentiellement vous vous posez.

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Il va sans dire que je vais bien me garder de dévoiler quoi que ce soit de l’intrigue, puisque sa découverte fait partie intégrante de l’expérience et nous permet d’aller là où Naughty Dog veut que nous allions, moralement, psychologiquement et intimement. Après avoir expérimenté le premier opus, c’est ce que j’étais venue chercher, entre autres, dans ce second épisode : qu’on me surprenne, qu’on me montre comment les personnages ont évolué, qu’on m’amène à voir de quelle manière se comporte l’humanité dans l’univers de TLOU 2, qu’on me confronte à mes opinions et à ce que j’ai ressenti lors du dénouement du premier opus. Le moins que l’on puisse dire, c’est que je ne m’attendais pas au choc qu’a été un premier choix scénaristique radical, violent, brutal, ni au cheminement suivi par le biais du gameplay d’un bout à l’autre du titre.

En parlant de gameplay, on retrouve l’essence de TLOU premier, dans une progression « guidée » et ponctuée de déplacement d’objets pour se frayer un chemin, d’échelles à dégoter, de trous et d’espaces exigus dans lesquels ramper : si certains emplacements demandent de s’accroupir, d’autres nécessitent de se déplacer plaqués au sol, le tout en solo ou en duo avec un PNJ. Les QTE, ces enchaînements d’actions mises en place via l’utilisation successive de différents boutons du pad, sont toujours présents et en quantité plus importante que précédemment. Nous rencontrons également des phases sur et sous l’eau, et je dois dire que j’appréhendais particulièrement ces dernières, qui ont tendance à m’oppresser, mais j’ai été relativement soulagée de voir qu’elles n’étaient jamais injustement punitives. Nous retrouvons également le craft d’objets (munitions, bombes, pièges, soins…) à confectionner grâce aux ressources trouvées, en parallèle de ceux qui sont dégotés et utilisable en l’état. Comme dans le premier épisode, il est en outre possible de trouver et lire des écrits qui vont participer au développement du lore et poser plus en détail le contexte de ce monde post apocalyptique et du vécu de sa population.

Un nouveau personnage jouable

The Last Of Us 2 alterne ainsi entre des séquences où une grande place est laissée au développement du lore, d’autres (parfois conjointement) à l’exploration afin de collecter ressources, textes à lire ou objets à collectionner, tandis que des phases plus légères nous rappellent que les protagonistes ont une vie, un quotidien les plus normaux possibles dans leur monde dévasté, hostile, peuplé d’infectés et de communautés humaines pas toujours bienveillantes. On peut souligner quelques incohérences dûes notamment à ces personnages qui tombent un peu trop à point nommé pour aider le protagoniste, mais je dois dire que je comprends mal comment on peut voir dans la globalité du scénario « un road trip pour adolescent » comme j’ai pu le lire. Peut-être que ceux qui ont perçu les choses de cette manière se sont basés sur la période qui se situe juste après les deux premières heures de jeu – courte période qui m’a parue bien fade, inadaptée et presque puérile après l’intensité des évènements précédents – ou bien uniquement sur les leaks sans contexte qui ont fait surface avant la sortie du titre, ou encore sur le review bombing des joueurs, nombreux à avoir eux-même basé leur critique sur les dits leaks ou le premier dixième du jeu. Ou bien encore espéraient-ils que cet aspect plus humain et normal de la vie des personnages ne serait pas exploité, préférant éviter cet aspect et privilégiant la noirceur de l’univers de The Last Of Us. C’est fort dommage, car pour évaluer les qualités du titre, sa force, sa brutalité, prendre la pleine mesure de toute sa violence, qu’elle soit retranscrite dans des combats, des scènes d’action ou qu’il s’agisse de violence morale, il est impossible de se contenter d’une vision partielle du jeu. D’autre part, l’attachement impliqué par l’humanité des personnages (attachement qui logiquement ne concernera qu’une partie des joueurs), ainsi que certains moments plus calmes qui permettent de souffler sont plus que bienvenus, pour ne pas dire essentiels. Ils renforcent l’horreur de la situation grâce au contraste entre ces différentes séquences, montrant comment l’humanité tente de vivre le plus normalement possible dans un monde qui est pourtant sorti de la norme, qui réveille les plus bas instincts et la folie des hommes, les poussant à commettre des actes qui peuvent être cruels. Pourtant, tout ceci sert les objectifs de Naughty Dog en matière d’émotion et d’implication dans l’histoire.

Ellie qui joue un morceau à la guitare par notre intermédiaire

Quoi qu’il en soit,  TLOU 2 n’est pas avare en séquences d’action nous mettant aux prises avec diverses factions ou des infectés répugnants et dangereux. Là encore, certains moments resteront gravés dans ma mémoire, les uns pour la montée d’adrénaline et de stress ressentie face au danger, les autres pour avoir nécessité concentration et gestion des éliminations furtives, lors de phases d’infiltration oppressantes nous confrontant à des IA bien optimisées. Le seul point qui m’a posé difficulté est la gestion de la caméra durant deux combats, trois peut-être, ayant lieu contre ce qu’on peut considérer comme des boss, en particulier lorsque la zone d’action était restreinte. Une mention rapide aux différents niveaux de difficulté qui vont satisfaire les joueurs de tous horizons, en rendant le titre accessible à ceux qui ne parviennent pas à s’en sortir face à un défi ardu, tout comme ceux qui recherchent au contraire une expérience exigeante. Notez également qu’il sera possible de recommencer une partie en conservant votre inventaire ainsi que les compétences que vous aurez débloquées au fil de vos trouvailles, par le biais du New Game + qui se débloque une fois le jeu terminé une première fois.

Le mot de la fin concerne la présence de la communauté LGBT dans le jeu, que certains considèrent comme une volonté politique, un acte militant, une manière de traduire un souhait de propagande, bref, des aspects qu’ils ne veulent pas voir dans une production vidéoludique. Je n’aborde aucun thème polémique, politique ou religieux dans mes articles, on parle de jeu vidéo ici, je ne suis pas là pour imposer aux lecteurs mon avis sur ces questions, je ne m’étalerai donc pas sur ce point. Tout ce que je peux dire, c’est que j’apprécie TLOU 2 pour l’ensemble de ses propositions, choix de personnages et scénaristiques compris. Ces choix n’ont pas pour vocation d’être consensuels et ont le mérite d’aller au delà de la zone de confort – de facilité ? – tant décriée de la plupart des productions triple A et de nous proposer une expérience à la fois hors de sentiers battus, à la fois représentative des nombreuses individualités qui constituent nos sociétés.

Là encore, comment comprendre certains commentaires concernant les graphismes de cette Part II ? A mon sens, il s’agit là de dénigrer tout ce qui à trait à un titre dont on n’a pas apprécié la tournure choisie par les développeurs. TLOU 2 pousse la précision, le souci du détail et du réalisme au maximum, allant aux limites des possibilités de la console. Si des graphismes du genre ne sont pas essentiels à mes yeux pour qu’un jeu soit de qualité, il est indéniable qu’ils apportent à l’immersion et au ressenti dans les séquences d’affrontement. Certes, il est toujours possible de faire mieux, encore plus lisse, plus réaliste, mais c’est vraiment très propre, que ce soit dans les textures, le mouvement des personnages, des vêtements, des cheveux, la modélisation, les expressions faciales. Je me souviens de détails, comme cette crosse de fusil qui effleure et fait vaciller un objet sur un des établis servant à améliorer les armes disséminés dans le jeu, la chevelure d’un personnage qui suit un mouvement naturel lors des déplacements de son propriétaire…

Par contre, contrairement au premier opus, les musiques se font ici plus discrètes, elles accompagnent la progression et changent en fonction des circonstances, notamment à proximité du danger, mais il n’y a pas de nouvelle composition marquante. Qui ne se souvient pas de cette musique mélancolique, indissociable du premier opus, dans laquelle nous sommes portés par les notes d’un violon, auxquelles se joignent des accords de guitare ? Sur ce point, rien de neuf, rien qui reste en mémoire une fois le jeu terminé.

Le reste de la bande sonore, ainsi que la spatialisation sont fort bien réalisés. Au casque, l’orientation du son est un bon indicateur de l’emplacement des ennemis et plus d’une fois, une pression supplémentaire s’est faite ressentir lorsqu’un grincement, un claquement, un détail sonore me mettait en alerte, sans compter les bruits liés aux blessures infligées ou reçues, à l’agonie des ennemis, qui servent le réalisme recherché.

Enfin, un point sur le doublage français. Il est de qualité, le casting vocal excellent, même si la voix de Troy Baker – l’acteur qui incarne Joel – a ce charisme qui est ainsi réservé à la version originale, en anglais.

Ce second opus a bénéficié des progrès réalisés par le jeu vidéo en général et certainement par une équipe de développement qui a pris de la bouteille. Une nette amélioration de la fluidité du gameplay s’impose à nous et si nous retrouvons les bases du premier épisode, l’ensemble est plus agréable manette en main, tout en apportant quelques mécaniques différentes, servies par les orientations scénaristiques.

The Last Of Us 2 a provoqué chez moi des ressentis très différents et m’a finalement terrassée. A mes yeux, la production de Naughty Dog ne mérite pas le traitement qui lui a été réservé par certains joueurs. Oui, il s’agit là d’un jeu qui de mon point de vue s’approche de la perfection, tant par sa réalisation que son contenu, qui nous poussent tout deux dans nos retranchements, nous font vivre des moments mémorables et marquants, entraînent la réflexion. Oui, l’excellent accueil critique des médias est justifié, à l’opposé du dénigrement diffusé sur la toile venant trop souvent de personnes qui n’ont même pas expérimenté une seule minute de jeu et se sont fiés à des critères qui ont totalement occulté les qualités du titre.

Je reste cependant consciente que chaque joueur est unique, qu’il ne recevra pas de la même manière l’histoire et ses implications morales et émotionnelles, tout simplement car nous ne recherchons pas tous la même chose dans un jeu vidéo et n’avons pas la même sensibilité. Là où certains vont justement privilégier le gameplay, d’autres vont attendre que l’histoire les touche, leur fasse ressentir un large panel d’émotions, voire même les saisisse et les malmène, les oblige à s’interroger sur des notions auxquelles ils sont confrontés de près ou de loin dans la vie réelle, théoriquement ou concrètement. Pour ceux qui ne sont pas réceptifs à ces derniers points, ou ceux qui ne vont pas parvenir à mettre de côté certaines convictions, TLOU 2 ne sera jamais qu’un – bon – jeu parmi tant d’autres.

A mes yeux, le titre propose un juste équilibre entre qualité du gameplay, réflexion, intensité, action brutale, pression et phases teintées de légèreté, de normalité. Il m’a transporté là où Naughty Dog voulait que j’aille et j’ai littéralement plongé, ballotée dans la houle des ressentis que l’équipe souhaitait transmettre, jusqu’au(x) coup(s) de grâce final(aux). Je remercie le studio d’avoir pris le risque de déplaire en faisant des choix radicaux, car me concernant, c’est carton plein, il va falloir faire fort, très fort, pour rivaliser avec The Last Of Us 2.

Test réalisé par Midnailah, merci à Playstation France et Julien Bourey pour la copie fournie.

L’article qui contient mon let’s play, mis à jour au fil de la publication des 30 épisodes :

http://gamingnewz.fr/the-last-of-us-2-le-lets-play/

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