Ancestors : The Humankind Odyssey – Le test sur Playstation 4

Catégories : Survie, Action, Aventure

Plateformes : PS4, Xbox One, PC

PEGI : 16

Langues : Sous-titres en français

Taille : 5,14 GB

Date de publication : 06/12/2019

  Développeur : Panache Digital Games

Éditeur : Private Division

Disponible en téléchargement

 

Raconter l’histoire de l’Humanité n’est pas une chose aisée, encore moins quand il s’agit de le faire dans un jeu vidéo où le plus souvent les joueurs exigent un plaisir ludique immédiat à base de quêtes bien cadrées. Pourtant, c’est le pari que tente de réussir « Ancestors : The Humankind Odyssey » jeu concept de Patrice Désilets, un des principaux créateurs d’Assassin’s Creed.
Dans Ancestors, nul besoin de suivre une trame narrative qui balise l’aventure, le but est de laisser libre le joueur d’explorer, d’expérimenter, d’échouer, de faire évoluer son clan et de voir où mène son évolution de l’Humanité. Et tout cela dans un monde ouvert rempli d’inconnus et sans carte pour vous guider. A l’instar d’un Death Stranding, le jeu du petit studio Panache Digital Games (une trentaine de personnes) va diviser. Pourtant, Ancestors ne manque pas de qualités malgré un parti pris parfois très radical.
Accrochez-vous, GamingNewZ vous emmène à travers ces quelques lignes dans « Il était une fois… la Vie » version Panache Digital Games.

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L’aventure commence à l’ère du Miocène, soit environ une vingtaine de millions d’années avant J-C dans une jungle luxuriante mais dangereuse. Dès les premières secondes, Ancestors vous montre que le danger est partout avec la mort d’un primate devant son enfant livré à lui-même soudainement. Votre « première mission » sera d’aller récupérer cet enfant dans la jungle qui représente tout de même le futur de votre clan. A partir de ce moment-là, Ancestors vous fait comprendre que la partie ne sera pas une sinécure.
En effet, rien ou presque n’est expliqué dans Ancestors. Comment trouver l’enfant ? A quoi sert cette plante entourée d’une aura noire ? Comment arriver à se déplacer ? Tout ceci devra être expérimenté au fur et à mesure du jeu. Ancestors ne veut pas nous guider mais, à la manière de nos ancêtres en quelque sorte, nous faire comprendre notre environnement par l’expérimentation. Pour l’appréhender, vous avez la possibilité d’utiliser votre intelligence et de « scanner » les environs. Vous verrez alors des carrés blancs (cela jure avec l’ambiance générale du jeu d’ailleurs) apparaitre un peu partout devant vous à la manière de points d’intérêts que nous retrouvons dans n’importe quel autre jeu contemporain. Néanmoins, au départ, la plupart ont un point d’interrogation à l’intérieur. Pour connaître et mémoriser ces points d’intérêts, il faut alors s’en approcher et les manipuler en quelque sorte. Soit les sentir, les prendre en mains pour connaître leurs capacités. Par exemple, lors de la manipulation d’une plante rouge anodine, vous apprendrez que cette plante vous permettra de vous sustenter. Une autre plante permettra de vous soigner des saignements et un type de pierre que vous ne connaissiez pas vous servira peut-être d’arme face à des prédateurs. Rien de tout cela ne vous sera expliqué par un tutoriel. Tout se fait par l’expérimentation. Cela a l’avantage de laisser une grande liberté aux joueurs car chaque partie ne sera pas la même selon l’envie d’explorer dudit joueur. Cependant, cela peut créer une grande frustration dès les premières minutes du jeu. Comment se défendre face au crocodile des marais ? Comment soigner une fracture ? Vous l’apprendrez essentiellement par l’échec ou le hasard.

Les points d’intérêt symbolisés par des carrés blancs

Le but de ces actions ne sert pas uniquement à faire avancer l’évolution de votre lignée. Ils permettent aux primates d’appréhender leur environnement, de ne pas avoir peur d’avancer dans l’inconnu. Plus il avance dans l’inconnu, plus leur niveau de dopamine baisse (la barre blanche sous l’œil). Si le niveau baisse drastiquement, le primate prend peur et rentre directement au camp sans que vous ne puissiez faire quoi que ce soit. Pour éviter cela, il vous faudra scanner l’environnement et vous souvenir d’éléments que vous avez déjà utiliser auparavant. Cela rassurera votre ancêtre qui continuera à avancer.
Heureusement, dans Ancestors, le level design du jeu est plutôt astucieux. A la manière du dernier Zelda ou de Death Stranding, au fur et à mesure de l’avancée dans les contrées sauvages, le joueur apprend rapidement à se faire une carte mentale d’Ancestors. La progression dans la nature est donc fluide voir grisante quand on aime explorer les moindres recoins. Malgré tout, on regrettera des difficultés à se mouvoir dans les arbres dûes aux animations un brin rigides. Il faudra un peu de temps pour se déplacer aisément d’arbre en arbre.
Globalement, le gameplay du jeu demande un temps d’adaptation car la majorité des actions réclament une pression plus ou moins longue sur les touches. Analyser un objet ? Une pression longue sur carré. Mémoriser une cachette ? Une pression longue sur triangle. Ce n’est pas toujours intuitif et cela peut nuire à la fluidité de l’exploration voir vous faire tuer quand vous devez appuyer sur la croix au bon moment afin d’esquiver l’attaque d’un prédateur.

Si la partie exploration/survie est une part importante d’Ancestors, le propos de Panache Digital Games est le sujet de l’évolution de l’Humanité, de la transmission aux générations futures. Et sur ce point aussi, tout n’est pas immédiatement compréhensible.
Tout d’abord, cette transmission se fait avec les enfants du clan. Pour transmettre vos capacités apprises lors de votre exploration, il faudra prendre avec vous l’enfant dans la nature et répéter devant lui différents gestes. Il apprendra à son tour à reconnaître les dangers, la nourriture, les armes, les cachettes etc etc. Mais cette transmission ne se fait pas sans difficultés. Évidemment, si vous emmenez avec vous un des enfants de votre clan, il sera aussi exposé au danger. Vous êtes alors tiraillé par l’envie de lui transmettre ce que vous savez, mais aussi par la peur de voir votre lignée amoindrie par la mort de votre bébé. En ce sens, le jeu est une vraie réussite. Un vrai dilemme s’impose à ceux qui voudront réussir à faire évoluer l’espèce le plus rapidement possible pour lui permettre de survivre.
Cet apprentissage est représenté par une sorte d’arbre de compétences à trois branches (Evolution, Génération, Neuronal) qui permet de débloquer des capacités comme prendre un objet dans chaque main. Ne l’oublions pas, nous sommes à l’aube de l’Humanité. Rien n’est évident.

Cependant, une partie des compétences se débloque non pas par un quelconque apprentissage mais par le hasard génétique. Pour que l’enfant puisse utiliser une « mutation génétique » et la rendre accessible au reste de la lignée et aux générations futures, il faudra alors faire un saut de Génération (cela représente quelques dizaines d’années voir des milliers d’années) qui verront les enfants devenir adultes avec leurs « mutations génétiques » les rendant ainsi disponibles pour les futures progénitures. Oui, Ancestors n’est pas facile à comprendre immédiatement surtout avec sa part aléatoire et son manque d’explications. Néanmoins, à chaque partie, de nouvelles possibilités d’évolution s’offriront à vous.

Il ne faut pas oublier que « Ancestors : The Humankind Odyssey » est un jeu indépendant avec un budget limité. Par conséquent, l’aspect technique du titre est bancal. Les animations sont rigides. La modélisation des animaux a une génération de retard. Le clipping et l’aliasing sont présents même si cela n’est pas trop dérangeant. Le frame rate flanche aussi à certains moments. Sur cet aspect-là, Ancestors ne tient pas la dragée haute aux AAA. Il faut dire que vouloir faire un open-world avec des moyens limités est difficile, même avec des années d’expérience. Cependant, la direction artistique permet parfois de passer outre avec des panoramas jolis (la savane est plutôt somptueuse) et des effets de lumière bien sentis.
Néanmoins, le sound design d’Ancestors est très bon. La spatialisation sonore du jeu est excellente. On arrive très rapidement à cerner l’endroit où un ennemi peut arriver avec le bruit des branches, des feulements de tigres. Une vraie réussite.
De plus, la représentation sonore des différents environnements du jeu (lac, savane, jungle etc etc) participe grandement à l’immersion du joueur dans ce monde préhistorique.

En somme, « Ancestors : The Humankind Odyssey » est un jeu qui manque d’équilibre. Son concept ambitieux et intéressant se heurte à un manque de moyens mais surtout à un paradoxe entre le propos, faire vivre aux joueurs les débuts de l’Humanité, et des mécaniques de gameplay finalement « non-organiques ». Au fond, quelle est la différence entre les points d’intérêts d’un Assassin’s Creed et ceux d’Ancestors ? Dès que l’on comprend l’enjeu de ces points d’intérêt sous formes de carrés blancs, on perd l’aspect organique – et l’immersion dans l’univers – de la découverte qui est, selon nous, le sens d’un jeu comme Ancestors.
Enfin, ne nous mentons pas. Un titre aussi radical ne plaira pas à tout le monde. Le manque d’explications, le concept, les déplacements laborieux au départ frustreront une partie des joueurs. Il est à réserver aux plus patients, capables d’essuyer quelques heures de frustration avant d’entrevoir le potentiel d’un jeu qui a le mérite de proposer une aventure peu commune.

Test réalisé par Gwoka sur une version offerte par l’Editeur.

Merci à eux !

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