Shenmue III – Le test sur Playstation 4

Catégories : Action, RPG, Aventure

Plateformes : PS4, Xbox One, PC

PEGI : 16

Langues : Sous-titres en français

Taille : 23,94 GB

Date de publication : 19/11/2019

  Développeur : Ys Net

Éditeur : Koch Media

Disponible en téléchargement et en boîte

 

Je vous dis : un monde ouvert orienté jeu de rôle et tranche de vie rythmé par des phases de free fight, vous me répondez ? Shenmue bien sûr ! Le troisième opus de la série fait renaître la licence 18 ans après le deuxième et excellent volet de cette saga. Après moult périls et revers Yu Suzuki compte bien poursuivre l’aventure avec un Shenmue 3 qui a beaucoup fait parler de lui avant sa sortie. Cette haine anticipée a-t-elle ses raisons d’exister ou bien n’est elle le fruit d’une précipitation trop prématurée menée par des mauvaises langues ? Je ne vous apporterai rien de cela, pas de mention des critiques et de l’acharnement médiatique mais je vais vous proposer mon analyse non pas sur un jeu mais bel et bien une Œuvre majeure : Shenmue.

Les mots sont lâchés, Shenmue est un survivant de la guerre : c’est une série avec un budget énorme dont les deux premiers épisodes se sont, au final, assez mal vendus malgré cette postérité qui en font des jeux incontournables et précurseurs des gros jeux Triple A de cette nouvelle génération. Autant vous dire que si la vitrine est magnifique la boutique est quant à elle assez triste puisque Shenmue 3 a failli ne jamais voir le jour, mais fort heureusement les fans ont su se mobiliser en pulvérisant littéralement la campagne de financement participatif Kickstarter, afin de nous permettre de revoir Ryo Hazuki, notre protagoniste froid au désir de vengeance. Pourtant si le jeu a pu pointer le bout de son nez, la partie n’était pas gagnée pour autant car Suzuki a annoncé, peu de temps après la sortie de son poulain, qu’un quatrième volume serait désirable. Or après un accueil de la presse des plus tièdes, il est difficile de soumettre ses souhaits si rapidement. L’effet d’impatience, d’excitation et de joie a rapidement viré aux piques les plus sévères, les attaques les plus virulentes pour ne pas dire insultes envers le créateur de la licence avant même que le jeu ne soit rendu public. Si l’on connaît le public intransigeant voire au-delà de la mesure et de toute réflexion, on ne peut pas dire qu’il ait brillé par sa clémence ni par toute forme de chance laissée au jeu. Étant un fan inconditionnel de Shenmue je dois avouer une légère appréhension de ma part pour ne pas dire une véritable crainte, qu’allait-il ressortir de cette expérience après autant d’années à patienter comme un petit gosse la veille de l’ouverture des cadeaux – une veille de 18 ans quand même – ? L’analyse qui suivra essaiera de vous convaincre comme Yu Suzuki a su le faire avec moi et ce n’était pas une mince affaire. Petite parenthèse ante-rédaction : Si vous êtes un néophyte de la saga et que vous tombez sur cet article, ne vous en allez pas car un film des cinématiques des précédents jeux est disponible au moment du lancement de cet opus, ce qui vous permettra de connaître l’histoire, les protagonistes, l’enjeu et la suite à venir !

Ca y est. Vous y êtes. Après une attente interminable vous pouvez enfin accéder au gameplay si propre à Shenmue, et ce troisième opus n’échappera pas à ce petit rite traditionnel du début du jeu : celui d’être lâché en ville pour glaner des informations à la rencontre des habitants. Ce rituel vous permet de prendre vos marques avec les mécaniques d’usage, tout en prenant connaissance de la ville et de chacun des habitants. C’est simple et efficace d’autant plus que l’immersion est rapide, vous retrouvez Ryo en Chine, dans le village de Shenhua que vous avez rencontrée dans l’épisode 2 après que cette dernière vous soit apparue en rêve dans le premier opus. Vous débutez donc à un moment clé, toujours à traquer Lan Di celui qui a tué Iwao (père de Ryo et maître du dojo Hazuki) ce qui vous amènera à la rencontre de Shenhua Ling, jeune femme mystérieuse, fille d’un tailleur de pierre en lien avec votre rune mais qui disparaît peu de temps avant votre arrivée au village. Or, cet homme est possiblement lui aussi en lien avec cet artefact, que vous détenez de votre père. Nous n’en dirons pas plus car la moindre petite révélation supplémentaire viendrait empiéter sur le plaisir de la découverte en douceur.

 

Une poésie mécanique

Prenez les codes du genre des triples A que vous connaissez ces dernières années et mettez-les de côté le temps d’une pause poétique. En effet, Shenmue reprend son identité ancienne ainsi que ses vieilles et bonnes mécaniques qui ont fait son charme. Les actions sont lentes, non pas dans le sens péjoratif, mais par choix purement artistique de Suzuki qui veut retrouver une authenticité en délaissant les évolutions de deux décennies. Si pour certains cela dérangera fortement l’expérience pour d’autres il convient que retrouver un jeu posé où chaque geste, chaque décision, chaque mouvement prend le temps de s’accomplir peut parfois faire du bien, les réflexes d’appuyer sur un bouton pour une action sont désuets ici, Shenmue n’est pas un film d’action sur vitaminé mais un bon bouquin dans un hamac. Ce concept daté de faire quatre mouvements pour ouvrir une armoire est le bienvenu et cette idée à l’encontre des conventions modernes peut faire couler de l’encre… comme un certain Death Stranding qui est l’exemple récent de l’expérience qui bouleverse et agite les foules mais qui aura son lot de détracteurs et de passionnés. Aller à contre courant a toujours été la philosophie de Suzuki mais cette longueur de mécanisme n’est que le prolongement de l’aspect tranche de vie de Shenmue : c’est l’Homme qui marche de Jiro Taniguchi, un plaisir du geste simple, du moment commun mais sublimé par une ambiance si unique à l’artiste.

Cette politique de la lenteur permet en outre mesure de s’attarder sur l’univers du jeu, Shenmue est un monde ouvert avec un héros qui suit le rythme de la journée où chaque action devra être mesurée, les mauvaises décisions peuvent vous coûter très cher. Alors prêtez l’oreille à ce qui vous entoure, chaque habitant est susceptible de vous renseigner et les détails subtils sont légion. Mais ce troisième épisode n’est pas qu’une redite des précédents épisodes, Yu Suzuki nous a montré que son savoir-faire n’est pas épuisé loin de là. Il y a une démonstration unique de la flânerie, évidente, permettant de laisser le temps s’écouler au rythme de la journée , jamais pressé par une quête vous pourrez ainsi mener votre vie pour gagner de l’argent, faire diverses fouilles, ou encore jouer et pêcher, en bref le scénario s’adapte à votre conception du temps, pressée ou détendue. En dehors de vos quêtes de recherche ou de combats périlleux, subsistent des petites scènes de quelques minutes où la relation naissante entre Ryo et Shenhua fait mouche, débarrassés de leur sempiternelle timidité, ils sont prêts à se rapprocher malgré la culture et une éducation contrastées de nos deux protagonistes.

S’adjoint à cela un thème musical très reposant, à l’aspect romantique emprunté au lyrisme de la nature, qui vient compléter un plan de caméra en contrechamp où le poids de la charge qui incombe à Ryo vient s’opposer à la légèreté du paysage bucolique : le cadre vient embellir une scène déjà émouvante.

Loin du calme et de la tranquillité, le cœur de Ryo est avant tout constitué de feu, les arts martiaux sont les outils de la vengeance du jeune Hazuki et de ce point de vue là, les débats vont dans le même sens : on reconnaît le créateur de Virtua Fighter. Ce jeu qui préfigure les jeux de combat en 3D introduisant les mécaniques de 8 way run (les huit directions de votre stick directionnel) a laissé des traces dans Shenmue à mon plus grand bonheur, il s’agit de l’aspect le plus excitant de cette expérience que j’ai pu vivre. Les combats sont complexes, denses mais se travaillent et l’entraînement en dojo permet de montrer votre endurance ainsi que la puissance de vos techniques. Le panel est varié et vous pourrez personnaliser votre art tel un Absolver. L’entraînement peut s’avérer redondant dans sa préparation, à répéter le même coup pour en augmenter la puissance. Mais comme l’a dit Bruce Lee : « Je ne crains pas l’homme qui a pratiqué 10.000 coups une fois, mais je crains l’homme qui a pratiqué un coup 10.000 fois. »

Un gameplay hors du temps

Si être hors du temps peut s’avérer une bonne chose pour laisser libre cours à son envie créatrice, cela peut devenir rapidement un frein à votre élan. Un aspect essentiel de Shenmue est l’aspect QTE punitif où chaque action ratée pendant une cinématique mettait fin à la journée et l’on devait recommencer. Ici on adopte le QTE d’il y a quelques années qui ne pouvait que récompenser et l’échec se reparait en retournant quelques secondes en arrière. C’est dommage, oui j’apporte un aspect négatif mais je ne pouvais pas laisser passer cet élément si frustrant que l’on avait apprivoisé dans les deux premiers épisodes, les développeurs ont voulu faire plaisir aux joueurs en les brossant dans le sens du poil mais la frustration est une partie indissociable de Shenmue car elle est mêlée à cette intensité et à ce danger qui prévaut à ce moment là. C’est au final un bien pour un mal puisque l’on ne recommence pas toute la journée mais le fait de simplement reprendre la cinématique en cours n’était pas la solution la plus adaptée à mon sens. Parlons scénario, rien ne sera révélé ici, mais si l’histoire principale se termine en cinquante heures environ, il faut considérer que le twist arrive uniquement dans le dernier acte, ce qui peut calmer les ardeurs des fans après autant de temps à attendre, le gameplay évolue moins dans ce troisième opus que dans les deux premiers mais l’évolution de la gestion du temps, de la richesse des dialogues (petite parenthèse sur la qualité des doublages : nous retombons littéralement dans les années 90 avec certains doublages plus que clichés) et de la personnalité des personnages aux alentours feront oublier que Shenmue III n’est pas le plus emballant scénaristiquement. Mais il a su déballer de nouveaux arguments pour une autre expérience de cette licence qui montre que Suzuki a encore des ambitions pour sa saga phare.

Le gameplay de Shenmue III est donc plus orienté dans la contemplation, on observe de nettes améliorations techniques par rapport au deux mais cela n’équivaut pas à ce qui peut se faire aujourd’hui, toutefois je nuance ce point négatif en énonçant que ce qu’apporte Shenmue sur l’aspect contemplatif les jeux les plus récents ne savent plus le faire, soit par paresse facilitatrice ou par envie de répondre à des exigences de simplicité que les studios se sont eux-mêmes imposés au fil des années. Shenmue vient casser ces pré-requis qui semblent être la norme pour devenir triple A en imposant au joueur la force du temps : l’argent est rare dans le jeu, il faut donc travailler durant un temps suffisant pour accomplir certaines actions. Les ennemis peuvent être plus forts et endurants que vous, entraînez-vous avec des exercices répétitifs pour développer Ryo. Shenmue c’est le réalisme à son paroxysme mêlé à une note de mélancolie dans un univers bien violent et sans scrupule. Bousculer ses habitudes de gamer impatient pour une petite pause dans un jeu qui ne se démodera jamais est un plaisir à prendre.

La conclusion sera brève, concise et précipitée, à l’encontre de ce qu’est Shenmue III. Ce n’est pas un jeu destiné à tout le monde, il ne plaît pas à tous et c’est tant mieux car pour s’affirmer il est parfois nécessaire de se mettre à dos un panel de personnes. Mais cette œuvre a un mérite qu’on ne pourra pas lui ôter, c’est celui du plaisir. Tous ne le trouvent pas dans cette expérience mais si vous en ressentez alors ce sera un plaisir intense : la joie de jouer pour se détendre, le bonheur de vivre par Ryo une aventure dans laquelle on se projette irrémédiablement, une simple satisfaction d’un bon moment à faire évoluer les relations de Shenhua et Hazuki. Ce n’est certes pas une réalisation sans défaut mais quand on connaît les embûches mises sur le chemin de Suzuki pour accomplir son œuvre on ne peut que s’y plier : cet homme a su me conquérir deux fois auparavant, il y est parvenu sans mal une fois encore. Les doublages sont datés, les graphismes un peu en deçà du conventionnel, un QTE un peu trop timide… mais force est de constater que le sourire du joueur passionné est demeuré présent tout le long de cette aventure, alors camarade passionné de la licence ou simple néophyte, si apprécier les secondes t’est cher alors Shenmue saura te gagner.

Test réalisé par BLD sur une version offerte par Koch Media.

Merci à eux !

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