Mosaic – Le test sur PC

Catégories : Aventure

Plateformes : PC, Mac, Linux, iOS, tvOS et MacOS via Apple Arcade

Langues : Textes en français et autres

Taille : 3 GB

Date de publication : 05/12/2019

  Développeur : Krillbite

Éditeur : Raw Fury

Disponible en téléchargement

 

Déjà sorti en exclusivité temporaire en Septembre dernier sur Apple Arcade, Mosaic, dernier bébé de Krillbite Studio (connu pour Among The Sleep), débarque enfin sur PC. C’est l’occasion de découvrir leur vision du monde du travail dans les grandes métropoles modernes. Autant vous le dire tout de suite, ce n’est pas très gai, mais ce n’est pas forcément ce qu’on recherche dans les JV, et pour le coup, nous sommes typiquement face au genre de titre qui vous fera réfléchir quelques temps après l’avoir terminé. Quel est le sens de la vie ? Pourquoi travaillons nous au départ ? Vers quelle société nous nous dirigeons ? Pas de réponses claires à l’issue de mon expérience mais le jeu donne à réfléchir sur pas mal de points. Sur ce, je vais m’empresser d’enchaîner, car au bout de 5 retards mon contrat pourra faire l’objet d’une résiliation chez GNZ…

Le Gameplay est à la fois varié et répétitif (mais c’est voulu et aucunement gênant), des phases très différentes parsèment votre aventure, des moments oniriques assez déstabilisants et bienvenus dans l’ensemble. Notre employé (pas modèle pour le coup) se rebelle contre sa condition, et surtout sa routine, il se met à avoir des sortes de visions, le transportant dans des rêves éveillés caricaturant sa morne réalité. Ça c’était pour la variété, mais de manière assez habile les développeurs ont jugé bon de vous faire découvrir, au fur et à mesure des journées, un peu plus du trajet qui sépare l’homme sans nom de son bagne rémunéré. Alors certes, le cycle remise en place des cheveux, brossage de dents, ascenseur et sortie de votre immeuble devra être rejoué plusieurs fois mais c’est très court. Plus important, ce qui se passe dehors change, vous ne vivrez pas deux fois la même chose, le premier jour vous vous rendrez jusqu’au métro, le deuxième vous le prendrez directement (avec une cutscene reflétant les précédentes étapes sans que vous n’ayez à les rejouer). Une excellente idée selon moi, car bien qu’une certaine redondance se fait sentir dans le gameplay, le dosage est parfait, c’est juste ce qu’il faut pour se sentir dans la peau du personnage, sans lâcher le jeu par lassitude. Malgré ça, le tout peut parfois manquer un peu de rythme, et les phases de puzzle (votre travail en fait), sont assez pénibles mais je pense qu’encore une fois, c’est voulu et suffisamment bien équilibré pour ne pas rebuter le joueur.

La première chose qui frappe en lançant Mosaic c’est BlipBlop. Un jeu dans le jeu puisqu’il se situe dans votre téléphone. N’appréciant pas ou peu les jeux mobile, j’ai été littéralement happé par le concept, simpliste au possible mais diaboliquement efficace. Après avoir passé 40 minutes à faire monter mon score sur ce mini-jeu insignifiant, je me suis dis, ok, je viens d’assister au premier tour de force de la part des développeurs. Je n’ai littéralement pas vu le temps passer, j’étais dans la peau de cet employé. Un homme que l’on sent en bout de course, vivant dans une société aux allures futuristes mais à la fois très proche de la nôtre. Celle-ci a effacé toute chaleur, laissant place à un mode de vie ritualisé où seul le travail et la routine dominent. Plus de temps pour l’émotion, les sentiments, même les relations amoureuses, à l’image de l’application « Love », sont déshumanisées. Cette application se veut le miroir de Tinder, cette plateforme de rencontre où l’on trie en se basant sur le physique, éliminant les disgracieux à l’aide d’un mouvement de pouce. Les seuls moments de lumière seront apportés par les musiciens de rue, décriés par les journaux locaux comme étant de simples mendiants parasites. En BlipBlopant pas mal j’ai terminé le titre en 4h. Une durée de vie qui peut paraître courte au vu du tarif auquel il est proposé, mais pour ma part c’est juste ce qu’il faut pour ce type de jeu.

Graphiquement, Mosaic adopte un style minimaliste. Tous les personnages ont le même visage, homme ou femme, seuls leurs coiffures diffèrent, mais, pour ne pas changer, c’est un choix judicieux de la part du studio, renforçant notre isolation dans ce monde aseptisé où seul notre avatar se démarque légèrement… en ne portant pas sa veste de costume. Malgré le budget surement limité de cette production, attendez vous à vivre de véritables moments de grâce visuelle, artistiquement c’est tout simplement bluffant, offrir des plans d’une telle beauté avec un moteur graphique aussi modeste tient de la virtuosité. J’ai même vécu un authentique instant de grâce peu après le début de mon aventure. Je ne vous spoilerai pas, bien entendu, sachez juste que vous vivrez un moment court mais intense, reflétant la bétonisation de la Terre et son impact sur la faune, accompagné par une sublime mélodie, le sound design et la bande son n’étant pas en reste. Ce passage m’aura marqué jusqu’au bout de mon périple, une minute de poésie funèbre indélébile rendue seulement possible par le talent.

Jeu immersif, Mosaic est une mise en abîme efficace dans la vie professionnelle et les travers de la société contemporaine. Sa direction artistique unique, sa mise en scène élégante, ses plans mémorables et sa bande son discrète mais parfaite, en font une véritable réussite. Une vision de l’avenir très pessimiste mais malheureusement lucide de la part du studio norvégien, on se prend à rêver de ce dont seraient capable les petites mains talentueuses de Krillbite avec d’autres moyens. On en ressort lessivé, comme cet employé qui cherche un échappatoire à son boulot, mais on ne regrette pas une seconde de s’être mis dans sa peau, après tout, selon votre âge et votre domaine de métier, c’est peut être un avant goût de votre destinée…

Test réalisé par Shepard sur une version offerte par l’éditeur.

Merci à eux !

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